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Thierry DELABALLE, mai 2018


Cher Monsieur le Président,


Je me permets de vous écrire au sujet d'un projet concernant le réaménagement de la synagogue de la rue Copernic. Je me présente, Thierry DELABALLE, architecte paysagiste ancien collaborateur d'une agence d'Architecture qui a fait ses preuves. Je suis aussi riverain de la rue Copernic.


La presse a donc publié une présentation dans le site d'une nouvelle synagogue (Le Parisien du 21.3.18).


Je me dois tout d'abord de vous signaler que l'horrible attentat d'octobre 1980 a déclenché lors de l'explosion des vibrations notoires sur les façades des immeubles environnants dont celui dans lequel j'habite qui a subi quelques désordres actuellement colmatés… on l'espère… (le n° 17 est situé en amont assez loin de l'impact).


Les travaux concernant les fondations de l'éventuelle nouvelle Synagogue devront très sérieusement tenir compte de la fragilité du tissu urbain aux alentours.


Quant à la partie visible de l'édifice côté rue, dessinée en montage perspectif (illustration du « Parisien »), je souhaiterais émettre quelques impressions personnelles.


Pardonnez-moi, mais je reste surpris devant l'extrême banalité du projet ainsi présenté. L'élévation spirituelle est… introuvable. On est ici dans le fonctionnel bien matérialiste de l'époque présente. On pense plus à l'entrée d'un centre commercial type (années 1970, environ) dont les plans étaient exécutés à la chaine… centres commerciaux ou cinémas multi-salles, ou encore immeuble de parkings d'automobiles. Bref honorer une religion, cela se fait, me semble-t-il, dans la douceur et non dans le brutalisme “commercial”.


Il faudrait penser à la vie de cette rue qui est composée d'une population diverse : religions, sociologie…

Vous indiquez, pour la façade de l'édifice, la représentation des sept branches du chandelier sacré ; pour la plupart des passants, il s'agira de la vue de meurtrières, de grilles géantes peut-être pour un local transformateur électrique, par exemple. Cette rue, comme toutes les autres, appartient à chacun de nous, y compris, bien sûr, aux fidèles qui iront prier à la synagogue. Il est important de ne pas créer d'exclusions, et ici, la lecture du vocabulaire exprimé en façade est confuse.


Pourquoi ne pas “écouter” l'urbanisme de cette rue, composer avec elle ? La façade actuelle est aussi le signe vivant d'une meurtrissure intense qui a touché le monde entier en plus de la communauté israélite. Peut-on gommer l'Histoire, contenue dans ce crime odieux ? Il faut prendre garde qu'à force d'effacement, l'amnésie gagne du terrain, et ce peut être le lit de nouvelles violences. J'étais rue Copernic ce 3 octobre 1980 – ce fut indescriptible.


Pourquoi ne pas garder la façade actuelle dans son impression haussmannienne, toute chargée de forces émotives, et supprimer la surélévation ingrate pour la remplacer par une structure plus légère, très vitrée (1), et pourquoi pas jardinée.

Attention à ne pas faire table rase du passé, surtout ne pas tomber dans ce piège, mais je suis sûr que cela n'est certainement pas votre intention.


Veuillez, cher Monsieur le Président, accepter l'expression de mes sentiments très respectueux,


Thierry DELABALLE, résident de la rue Copernic


P.S. : Vous n'êtes pas sans ignorer, bien sûr, l'extrême tension actuelle au Moyen Orient. Hélas, l'époque réclame beaucoup de prudence en ce qui concerne les religions en général et leurs édifices. L'équilibre de cette rue est fragile, il faut avoir cela à l'esprit, déjà des rumeurs nauséabondes pointent leurs nez, alors beaucoup de subtilités sont nécessaires pour préserver notre quartier de toutes violences.


(1) Favorisant l'ensoleillement pour des salles de classes, par exemple

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